Préface sur le livre

L’œuvre que vous tenez entre les mains, ou qui s’affiche peut-être sur votre écran, n’est pas un récit conçu d’un seul souffle, ni un texte méticuleusement planifié. Elle n’est même pas, à proprement parler, l’œuvre d’un auteur unique. Elle est le fruit d’une exploration — ou plutôt d’une dérive — menée dans l’esprit même de la Bibliothèque de Babel, ce lieu où toutes les combinaisons de mots existent, où chaque livre possible a déjà été écrit, où les variantes infinies d’un même récit attendent silencieusement qu’un lecteur les réveille.

Il faut le dire clairement : ce texte n’a pas été écrit de manière classique. Il n’est pas le résultat d’un plan, d’un schéma narratif, d’une construction progressive de chapitres et de demande d'une quelconque histoire. Il est émergent. Presque accidentel. Il a surgi directement d’une conversation avec une intelligence artificielle — en l’occurrence ChatGPT 5.1 — qui, après la première et brève analyse du texte original de Borges et ses liens possibles avec l'IA Généraive, a spontanément proposé cette phrase :

« Si tu veux, je peux ensuite imaginer une petite scène inédite dans la Bibliothèque où un vieux bibliothécaire dialogue avec une IA et se rend compte que, malgré elle, il est toujours perdu. »

Cette phrase a été le point de bascule.
Je n’ai répondu que :

« oui imagine le dialogue en situant la scène ».

Et dès cet instant, sans autre direction, le texte s’est mis à se déplier comme une mécanique autonome. Il a généré une scène, puis une autre, puis une autre, et moi je me suis contenté de dire :

« suite ».

Encore une « suite », puis encore, jusqu’à la quatorzième scène, où l’IA a proposé d’intégrer le lecteur — moi, celui qui lisait — à l’intérieur de l’histoire. C’était fascinant, troublant même, de voir le récit tendre la main vers moi, essayer de m’envelopper, me pousser à entrer dans la fiction. Je n’ai pas interrompu l’histoire par peur, mais plutôt par lucidité : la cohérence, déjà fragile, se tendait comme une membrane prête à se rompre. Et pourtant, même dans ses flottements, quelque chose s’exprimait. Quelque chose qui n’était ni complètement de moi, ni complètement d’elle, mais du dialogue entre un humain et une machine dans un espace littéraire inspiré de Borges.

Il faut comprendre qu’une œuvre générée ainsi ne se lit pas comme un roman traditionnel. Elle possède des aspérités, des hésitations, des retours, parfois des excès. Elle reflète les tensions entre mon imagination et celle — statistique, probabiliste, combinatoire — de la machine. Elle capture le moment où la littérature cesse d’être un acte solitaire et devient une co-construction. Ce texte n’a pas été corrigé, retravaillé, optimisé : je le donne ici dans sa forme brute, presque primitive, tel qu’il est né dans le flux du dialogue. Ce caractère non polissé, cette rugosité, est aussi ce qui fait son intérêt.

Car si l’on veut être fidèle à Borges, on doit se souvenir que dans la Bibliothèque de Babel, la plupart des livres sont étranges, déroutants, incohérents, à la frontière du sens et du non-sens. Ils ne sont pas moins réels pour autant. Ils sont simplement ce qu’ils sont : des possibilités.

Ainsi, ce texte est une variation parmi une infinité d’autres, une branche minuscule dans l’arbre des récits potentiels. Il ne prétend pas être la meilleure. Il n’a pas l’ambition d’être définitif. Mais il existe. Et selon Borges, dans la logique de la Bibliothèque, cela suffit pour lui accorder un droit d’exister.

Si vous trouvez ce livre fascinant, tant mieux.
Si vous le trouvez étrange, tant mieux aussi : il l’est.
S’il vous semble maladroit, c’est parce qu’il capte le geste même de l’exploration.
S’il vous déroute, c’est qu’il fait exactement ce qu’un texte inspiré de Borges doit faire.

Et s’il arrive que personne ne le lise, alors ce livre rejoindra la catégorie vertigineuse de ceux qui dorment dans les étages oubliés de la Bibliothèque — ces livres que personne n’ouvre, mais qui existent quand même, et qui, d’une certaine manière, attendent toujours qu’un lecteur les réveille.

Je vous invite donc à entrer dans cette variation de Babel, en sachant qu’elle n’est qu’un chemin probabiliste parmi d’autres — un sentier lumineux dans un labyrinthe infini, écrit à six mains : les miennes, celles de la machine, et les vôtres, dès l’instant où vous commencez à lire.

Bienvenue dans
Le Lecteur Infini : variation de Babel.

Et bonne exploration.